Former et se former aux humanités numériques dans la Grande Région : Symposium à Metz 11 et 12/06
Retour sur le Symposium des 11 et 12 juin 2026, organisé par le CRULH (Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire) et le C²DH (Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History) à l’Espace Rabelais, Ile du Saulcy de Metz où la Bnu était présente.

Présentation des organisateurs
Le CRULH (UR 3945) associe historiens, historiens de l’art et musicologues spécialistes de toutes les périodes de l’histoire et a vocation à encadrer et à dynamiser la recherche menée à l’Université de Lorraine dans ces domaines, qu’il s’agisse de l’histoire régionale, nationale ou internationale. Depuis quelques années, ce laboratoire a entrepris de nouer des relations avec la Grande Région (Grand Est, Luxembourg, Rhénanie-Palatinat, Sarre, Wallonie). Il organise son activité en plusieurs axes, dont le 5ème, Lab5, s’intitule : “Humanités numériques et édition. Ontologie, sources, réseaux” (coord. par Julie d’Andurain et Pierre Pascal). Cet axe se veut une plate-forme de réflexion autour de l’application des outils numériques. Parmi ces outils, les bases de données (BDD) tiennent une place essentielle et la garantie de leur accessibilité et de leur pérennité est au cœur des préoccupations, en partenariat avec la MSH Lorraine et les services des données numériques de l’Université de Lorraine (CENHTOR/DOREL). L’organisation de la formation des membres du CRULH et des étudiants est également un objectif important, qu’il s’agisse du maniement des logiciels, de l’organisation des données de la recherche ou de la réflexion autour de la RGPD, de la FAIRisation et des plans de gestion des données (PGD). Les champs de recherche initiaux de l’axe transversal demeurent : les questionnements autour des outils numériques viennent enrichir le travail sur les sources, sur leur traitement, mais aussi sur les transferts et sur les pratiques éditoriales.
Le Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (C²DH) est un centre interdisciplinaire de l’Université du Luxembourg qui se consacre à la recherche et la diffusion publique de haute qualité dans le domaine de l’histoire contemporaine avec un accent particulier sur les méthodes et les outils numériques. Son ambition est de sortir des sentiers battus et de trouver de nouvelles façons de faire, d’enseigner et de présenter l’histoire contemporaine du Luxembourg et l’histoire de l’Europe aux 20e et 21e siècles. Le Centre sert de catalyseur pour une recherche innovante et créative et pour de nouvelles formes de diffusion publique.
Session 1 – Infrastructures de recherche
Le symposium s’est ouvert sur une session dédiée aux infrastructures de recherche et outils mis à disposition des chercheurs pour faciliter l’usage, la valorisation et l’exploitation de leurs corpus. Samuel Ferey (Beta ULo) et Isabelle Pignone (MSHL), ont présenté TACTEO, plateforme de transcription et d’annotation collaborative portée par la MSH Lorraine. Céline Guyon (OLKOA) et Catherine Désos-Warnier (Bnu) ont exposé les premières conclusions d’une étude, encore en cours, pilotée par la Bnu, effectuée à l’échelle du Grand Est et mandatée par l’IR CollEx-Persée en vue de faire émerger les conditions nécessaires pour mettre en place un regroupement pour le traitement et l’exploitation des archives scientifiques grâce à des services mutualisés entre différents partenaires à une échelle régionale. L’objectif a été réaffirmé d’offrir un cadre et des moyens pour la mise en place d’une suite complète et cohérente d’outils de traitement (si possible par l’évolution d’outils existants) à une échelle géographique cohérente, capable de pérenniser les résultats. Clément Mellinger et Pascal Koenig (Archives Région Grand Est) ont brossé un tableau passionnant des circuits de dématérialisation ou du nativement numérique dans les archives de la région Grand Est, une source au débit croissant. Enfin, Mathilde Huguin et Cécilia Fabry ont offert un panorama complet de toute la suite des outils de l’INIST utiles pour constituer et analyser un corpus à partir d’ISTEX.
Session 2 – Projets, expérimentations et formation (histoire, littérature et musicologie)
Elodie Ripoll, chargée de recherche au Kompetenzzentrum du Center for Digital Humanities de Trêves, est revenu sur un projet au titre original retraçant tout un cheminement lié à la reprise de données : “Une Satorbase de troisième génération pour la scène de première vue ?” ou comment reprendre (ou pas) les données d’une ancienne base de la Sator (société d’analyse de la topique romanesque) sur le thème du “coup de foudre” (ou scène de première vue) et trouver l’outil adéquat et les référentiels pertinents pour les chercheurs. Kevin Roger (CRULH) a proposé une intervention magistrale sur le thème “Former à la musicologie numérique : expérience et dispositifs du Département messin de musique et musicologie”, démontrant le cheminement pédagogique nécessaire pour attirer les étudiants à ces nouvelles pratiques. Sofia Papastamkou, chercheuse post doc du C²DH s’est exprimé sur ses recherches actuelles qui portent sur l’histoire de l’enseignement des méthodes numériques dans les sciences humaines. Elle explore également l’utilisation de l’intelligence artificielle générative comme outil d’accompagnement de l’apprentissage des méthodes numériques. Ses travaux abordent des questions liées à la pédagogie, à la culture numérique et à l’articulation entre innovation méthodologique et technologie dans les sciences humaines. Cao Vy, chercheur post doctoral en histoire numérique et en études vietnamiennes a présenté le projet auquel il participe, « Impresso – Media Monitoring of the Past II », sous la direction de Marten Düring. S’appuyant sur un corpus sans précédent d’archives de presse écrite et radiophonique, Impresso est un projet de recherche interdisciplinaire qui utilise l’apprentissage automatique pour opérer un changement de paradigme dans le traitement, l’enrichissement sémantique, la représentation, l’exploration et l’étude des médias historiques, au-delà des modalités, des époques, des langues et des frontières nationales. Enfin, Anne-Catherine Schmidt-Trimborn a conclu cette première journée en évoquant son parcours personnel et les outils qu’elle a mis en place dans le cadre de sa thèse et au-delà (travaux sur les droites radicales), pour traiter un corpus contemporain à parti d’archives audiovisuelles de l’INA.
Session 3 – Publier, éditer, diffuser
Elisabeth Guérard et Frédéric Clavert du C2DH, ont ouvert la journée sur une expérience pleine d’enseignements autour du Journal of Digital History. En tant que revue internationale, académique, à comité de lecture et en libre accès, le Journal of Digital History (JDH) établit de nouvelles normes en matière d’édition historique fondées sur le principe des articles à plusieurs niveaux. Extrêmement ambitieuse, l’approche de cette revue est fondée sur le principe de couches narratives, herméneutiques et de données interconnectées. D’après les carnets de codes, les articles incluent : une couche de narration explorant les possibilités de la narration multimédia ; une couche herméneutique mettant en lumière les implications méthodologiques de l’utilisation d’outils numériques, de données et de code ; une couche de données donnant accès aux données et les rendant réutilisables (lorsque c’est possible).Cf. les directives aux auteurs. Audrey Knauf, du CREM (Centre de recherche sur les médiations. Communication – Langue – Art – Culture), est revenue sur une initiative relativement récente, “Revue Data et Corpus” dont le volume 1 est sorti en 2025, publiée selon le modèle diamant, portée par l’Université de Lorraine et accessible sur la plateforme de revues Episciences. Sa vocation principale est de publier des articles de données (data papers), mais elle propose également des articles portant sur les innovations en matière d’outils et de méthodologie de recherche. Sophie Richelle a abordé davantage l’aspect médiation numérique dans son enseignement à l’Université de Liège sur le thème “Médiation numérique des savoirs historiques”. Alain Zasadzinski , chef du service Exposition des données de recherche à l’INIST, a déployé toute l’offre de cet opérateur pour exposer les données avec des sites Omeka. Enfin, Pierre Willaime, fort de son expérience aux Archives Poincaré et comme directeur scientifique de la plate forme CENHTOR, outre cette offre de service, a posé de très nombreuses questions à l’assemblée sur les modalités, les freins, les processus qui fonctionnaient pour essayer de comprendre collectivement, comment passer à l’échelle sur les traitements et résultats de données grâce aux humanités numériques.
Table ronde conclusive
A la lecture des résumés, même brefs, ci-dessus, on entraperçoit combien ces deux jours furent fructueux en termes de sujets présentés, questions multiples, passerelles entre outils, compétences et besoins des chercheurs. La Table Ronde a permis d’explorer encore davantage les questions liées à la formation et à la pédagogie à adopter pour diffuser les humanités numériques, en particuliers auprès des étudiants, et ce dès la licence. Un autre point majeur est ressorti, à savoir l’importance des coopérations entre institutions pour s’informer, se former et mutualiser les acquis et compétences. A ce titre, la Bnu, de par son offre de service et l’expertise de ses agents, tout comme la richesse de ses corpus, est un acteur clé dans ces échanges. A venir : un projet de mise par écrit des séminaires qui ont déjà eu lieu, ainsi qu’une nouvelle édition de cette journée de rencontre en 2027.
Merci à tous les organisateurs dont l’accueil a été exceptionnel pour des moments de vrais échanges dans une ambiance conviviale : Anne-Catherine Schmidt-Trimborn, Julie d’Andurain, Kevin Roger, Frédéric Clavert, Valérie Schafer.
Retrouvez >>> le programme !
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Catherine Désos-Warnier (15 juin 2026). Former et se former aux humanités numériques dans la Grande Région : Symposium à Metz 11 et 12/06. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16ek3





