La Bibliothèque nationale et universitaire, actrice de la recherche
Le 22 mai 2026, Nicolas Tocquer, directeur de la Bibliothèque nationale et universitaire depuis le 1er janvier, a participé pour la première fois à une séance du Conseil scientifique. À cette occasion, il a partagé sa vision du rôle stratégique de cette instance au sein de la gouvernance de l’établissement.
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil scientifique,
C’est avec plaisir que je m’exprime devant vous pour la première fois depuis mon arrivée à Strasbourg, le 1er janvier dernier. Je constate que vous êtes nombreux à avoir répondu présents, que les colonnes sont bien remplies, et je vous remercie pour votre implication dans cette instance. Merci également à Frédéric Lemmers et à Victoire Feuillebois, notre Président et notre Vice-Présidente, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont assuré la préparation de cette séance.
J’aimerais profiter de ce moment pour partager avec vous quelques réflexions sur le rôle que revêt à mes yeux le conseil scientifique dans la gouvernance de la Bibliothèque nationale et universitaire. La Bnu, statutairement, dispose de quatre instances, le Conseil d’administration, le Conseil scientifique, le Conseil social d’administration et la Commission consultative paritaire. Le CA pose des actes réglementaires, le CS émet des avis et oriente la politique scientifique de l’établissement, le CSA et la CCP permettent d’organiser le dialogue social. Le CS joue donc un rôle majeur sur le plan stratégique. C’est pourquoi j’ai proposé, conformément aux dispositions statutaires, au Président d’intervenir, une fois par an, et plus si nécessaire, au Conseil d’administration y pour présenter vos travaux. Cela permet de créer un lien entre les instances, et de favoriser le dialogue entre les membres de ces instances.
De quoi parle-t-on, lorsque l’on parle de politique ou de stratégie scientifique pour un établissement comme la Bnu ? On parle d’acquisition, bien entendu, notamment d’acquisitions patrimoniales. A cet égard, des projets de dons d’archives vous seront proposés tout à l’heure. On parle de résidences de chercheurs. Là encore, vous serez sollicités sur ce point. On parle aussi d’appels à projets, auxquels la Bnu peut participer. Le projet ReligiS, qui vise à analyser la transformation des interactions entre fait religieux et société dans le monde contemporain, en est un exemple emblématique. On parle encore de ligne éditoriale, à travers la Revue de la Bnu ou la publication des catalogues d’exposition. Mais on pourrait aussi parler de science ouverte, de recherches coopératives ou participatives, et même de diplomatie scientifique, au regard des partenariats européens et internationaux que la Bnu a développés au fil de son histoire.
Mais au-delà de ces actions et de ces projets, il vous revient – et c’est là le plus important à mes yeux – de rechercher de la cohérence, de dessiner des lignes de force qui permettront de singulariser la Bnu comme un acteur de la recherche à part entière. « La bibliothèque enseigne », comme dit l’adage médiéval. Mais la bibliothèque recherche tout autant. Elle conserve et diffuse les résultats de recherche, c’est là sa vocation, en tant que support pour l’activité des chercheurs, mais la Bnu doit aussi produire de la recherche : elle a en effet vocation à jouer un rôle d’incubateur de projets de recherche en sciences humaines et sociales. Elle dispose pour cela de compétences scientifiques de très haut niveau. Nombre de nos conservateurs sont titulaires d’un doctorat, publient dans des revues académiques, participent à des équipes de recherche ou sont issus de grandes écoles de formation à la recherche. Tous ont développé, au cours de leur parcours, une véritable expérience scientifique. Il y a là une « matière grise » considérable, que je souhaite pleinement mettre au service de la dynamique intellectuelle de la Bnu. Bien sûr, il ne s’agit pas d’agir seuls : les activités de recherche seront d’autant plus fructueuses qu’elles mobiliseront les laboratoires, les réseaux de coopération, les dispositifs partenariaux. Encore faut-il, je vous le disais, faire émerger des thématiques fortes, structurantes, étroitement liées aux collections, car c’est ainsi que nous pourrons rassembler nos forces et peser, avec nos partenaires, dans le paysage scientifique. C’est là un sujet que nous aborderons également lors de la séance.
Faire de la recherche à la Bnu, c’est aussi la valoriser et la rendre accessible au plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle les expositions que nous organisons, qui donnent lieu à la publication de catalogues de grande qualité, sont si importantes. C’est là un atout essentiel qui donne sa crédibilité et sa stature à notre établissement. Je parle des expositions, mais je pourrais également évoquer les événements scientifiques – journées d’étude, colloques, conférences, ateliers de sensibilisation – qui sont autant d’instruments pour éclairer le débat public, informer la population à partir de données probantes et donc faire le lien entre sciences et société, alors que les « fausses nouvelles », comme le disait Condorcet, circulent en masse.
J’aimerais enfin insister sur un point qui me paraît appelé à transformer profondément nos pratiques : l’essor des LLM — les grands modèles de langage et, plus largement, les outils d’intelligence artificielle, qui confèrent aux « humanités numériques » une brûlante actualité. Ce sujet sera probablement au coeur des discussions de ce conseil scientifique dans les années à venir. Qu’il s’agisse de la collecte et du traitement des données numériques, de la fouille de textes, du déchiffrement d’écritures anciennes, d’indexation automatique de données iconographiques – une chercheuse en résidence travaille actuellement sur un corpus des Métamorphoses d’Ovide sur cette question, en lien avec la BnF-, voire de la rédaction même d’articles scientifiques : tout bouge ! Mobilis in mobile comme disait le Capitaine Nemo. Dans cette incertitude, porteuse d’inquiétudes mais aussi de promesses, votre expérience de chercheurs, de professionnels des bib
Fronton de la Bibliothèque nationale et universitaire © Bnu – JPRliothèques, de doctorants, tout comme vos échanges et vos réflexions seront particulièrement précieux et utiles pour un établissement comme le nôtre.Dans un monde où les savoirs circulent plus vite que jamais et où leur fiabilité est constamment mise à l’épreuve, les bibliothèques de recherche ont une responsabilité particulière. Je suis convaincu que la Bnu a tous les moyens d’assumer pleinement cette responsabilité et de continuer à affirmer sa place parmi les grandes institutions scientifiques européennes.
Pour tout cela, pour le rôle essentiel qui est le vôtre, je tiens à vous remercier très chaleureusement.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Catherine Soulé-Sandic (12 juin 2026). La Bibliothèque nationale et universitaire, actrice de la recherche. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16dzp






