Les « réserves précieuses » : la nouvelle sélection de 2026 pour les manuscrits et les premiers livres imprimés
- Manuscrits strasbourgeois de la fin du Moyen Âge au 17e siècle, dans la grande vitrine horizontale de la Réserve 2. © Ombeline Faure
Les réserves visitables permettent de mettre en lumière des trésors insoupçonnés, qui sont présentés lors des visites guidées. La seconde salle est consacrée aux manuscrits en majorité médiévaux et aux premiers imprimés. Comme les précédentes sélections – elles sont renouvelées chaque année –, celle de 2026 se veut représentative de nos collections, du Rhin supérieur à l’Inde, et se répartit en cinq ensembles.
La première vitrine verticale est consacrée aux petits formats provenant d’Alsace ou d’Allemagne. La moitié supérieure montre quelques-uns des 65 livres d’amitié de la Bnu, du 17e au 19e siècle : on découvre d’abord un alignement de dos de reliures d’origine, en cuir avec dorures, puis deux livres d’amitié choisis pour leurs illustrations originales (dessins, gravures, papiers découpés), qui appartenaient chacun à une femme au 19e siècle, comme l’atteste cette mention en ouverture « Den Denkmalen der Freundschaft errichtet von Maria Barbara Kaiser 1809 ». Au bas de la vitrine sont présentés deux épais petits formats du 15e siècle, dont l’aspect et la destination sont tout autres : un ouvrage de diététique (Regimen sanitatis) débutant par d’intéressantes volvelles astrologiques (les volvelles sont des cartes de format circulaire que l’on peut faire tourner – du latin « volvere », tourner) et un recueil de prières dont l’usure de la reliure d’origine, décorée à la roulette, trahit un usage intensif.
- Première vitrine verticale : les petits formats
- Alignement de petits formats
- Livre d’amitié « Den Denkmalen der Freundschaft errichtet von Maria Barbara Kaiser 1809 » (MS.2.709)
- Regimen sanitatis [Régime de santé], parchemin du 15e siècle, ouvert sur un des volvelles en début d’ouvrage (MS.0.336)
La seconde vitrine verticale ouvre l’horizon sur diverses cultures et écritures : la tradition hébraïque avec une « méguila » ou « rouleau d’Esther » en parchemin, présentée avec son manche en bois ; le christianisme médiéval en langue grecque avec un tétraévangile du 13e siècle, un épais parchemin enluminé de précieux encadrements de titre au début de chacun des quatre évangiles ; et enfin les trois principales religions de l’Inde, en sanscrit ou en langues dérivées. De ce fonds indien particulièrement original, on découvrira à la fois l’un des 334 manuscrits jaïnas, un recueil hindou illustré tiré du Mahabaratha et un manuscrit bouddhique gravé sur 210 feuilles de palmier appelées « ôles ». Ce dernier est accompagné de matériel pour graver des inscriptions sur ôles provenant de la collection personnelle de Julius Euting, un orientaliste de renom qui fut aussi un des premiers directeurs de la Bnu (de 1900 à 1909).
- Deuxième vitrine verticale : diverses cultures et écritures
- Rouleau d’Esther, parchemin du 18e siècle (MS.4.055)
- Tétraévangile en grec, parchemin enluminé du 13e siècle (MS.1.907)
- Manuscrit bouddhique gravé sur des ôles ou feuilles de palmier (MS.4.864), présenté avec le matériel pour graver des inscriptions sur ôles ayant appartenu à Julius Euting.
Viennent ensuite deux ensembles présentés côte à côte dans la grande vitrine horizontale. La partie gauche montre trois manuscrits strasbourgeois de la fin du Moyen Âge jusqu’au 17e siècle, en commençant (de gauche à droite) par la très précieuse Chronique strasbourgeoise de Johannes Staedel – plus précisément la première partie, dont on avait perdu la trace jusqu’à son achat par la Bnu en 1967, alors que les trois autres parties sont la propriété de la ville de Strasbourg depuis les années 1930. Dans cet unicum, nous avons choisi de montrer la partie finale du volume : une « galerie » de costumes portés à Strasbourg au début du 17e siècle selon les diverses conditions sociales, remarquable à la fois par sa qualité artistique, que l’on doit à atelier de la famille Brentel, et par son intérêt sociologique.
A côté, le non moins imposant Mémorial de la Commanderie Saint-Jean à Strasbourg, un des rares témoins conservés de ce haut lieu de la Mystique rhénane fondé par Rulman Merswin, contient de belles pages enluminées ainsi que deux lettrines remarquables. Plus modeste par sa taille, un manuscrit dominicain, strasbourgeois également, se distingue par ses élégantes lettrines de couleurs rouge et verte.
- La grande vitrine horizontale, dont on voit deux manuscrits et, à l’arrière, deux imprimés
- La Chronique strasbourgeoise de Johann Staedel, manuscrit du 17e siècle (MS.5.464)
- Le Mémorial de la Commanderie Saint-Jean à Strasbourg, manuscrit de la Mystique rhénane du 14e siècle (MS.0.739)
- Buch der Reformacio Predigerordens [Livre de la réforme de l’ordre des prêcheurs], manuscrit dominicain du 15e siècle (MS.2.934)
L’ensemble de droite montre certains des premiers imprimés du 15e siècle de Strasbourg et de l’espace germanique, à une époque où coexistent l’impression xylographique (planches gravées sur du bois) et les premières impressions en caractères mobiles (que l’on appelle des incunables, jusqu’en 1500 inclus). Sur la planche xylographique, on reconnaît le portrait bien connu d’Henri Suso, figure majeure de la Mystique rhénane: une image allégorique colorée à la main et, en-dessous, sa légende en vers. Premier des deux incunables, la célèbre Bible allemande de Grüninger, elle aussi colorée à la main, compte à la fois pour le premier ouvrage illustré de ce dernier et pour un des premiers imprimés illustrés à Strasbourg. Le Gart der Gesundheit quant à lui, un des premiers herbiers imprimés en allemand et non en latin – ce qui fait de lui un des grands succès des incunables, maintes fois réimprimé jusqu’au 18e siècle–, est présenté ici dans la réédition de 1487 à Ulm.
- Quatrième ensemble, à droite dans la vitrine « sarcophage » : premiers imprimés, xylographiques ou incunables. De gauche à droite, le portrait de Suso (K.7), la Bible allemande de Johann Grüninger (K.740,1) et le Gart der Gesundheit (K.2.061)
- Gart der Gesundheit [Jardin de la santé], incunable imprimé à Ulm (K.2.061), ouvert sur la description de la « mandragore de la femme »
La dernière vitrine est consacrée aux très grands antiphonaires du fonds franciscain provenant du couvent de Cimiez à Nice, d’apparence médiévale mais datant tous des 17e et 18e siècles. Le volume que nous voyons (parchemin du 17e siècle) cache, sous son imposante reliure en plein cuir aux solides ferrures, de la musique notée et d’élégantes lettrines aux décors variés. Le format des antiphonaires s’explique par leur usage liturgique : posés sur un très grand lutrin au milieu des moines, ils étaient chantés durant les offices religieux.
- Cinquième ensemble : les antiphonaires du fonds franciscain, ici un parchemin du 17e siècle (RF.10). © Ombeline Faure
Cette sélection restera en place jusqu’en février 2027, néanmoins pour des raisons de conservation, une rotation des ouvertures de page est prévue à mi-parcours. Ne tardez pas à découvrir ces trésors en vous inscrivant à une visite guidée « Les réserves précieuses » : choisissez votre date et réservez votre billet.
Photographies ©Ombeline Faure et Alexandra Montana-Lampo.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Madeleine Zeller (7 juillet 2026). Les « réserves précieuses » : la nouvelle sélection de 2026 pour les manuscrits et les premiers livres imprimés. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 10 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16j4d





















