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“De la pièce indépendante à l’objet composite : les apports de l’édition numérique”.

Retour sur le séminaire du 9 avril 2026 d’EDISHOC : “De la pièce indépendante à l’objet composite : les apports de l’édition numérique”, par Tatiana Ackermann.

Ce billet est rédigé par Tatiana Ackermann étudiante en M2 Technologies des langues à l’Unistra et actuellement stagiaire au sein du Laboratoire ILLE de Mulhouse. Avec Anne Reach-Ngo, elle travaille sur le projet EDISHOC (EDItion de Sources Hétérogènes et d’Oeuvres Composites XVIe – XVIIe siècles) et plus particulièrement sur l’édition critique du “Trésor des bons esprits français”, qui est une bibliographie de vulgarisation sur les ressources écrites de la Renaissance.

Jeudi 9 avril 2026 s’est déroulée au Lab de la Bnu à Strasbourg la troisième et dernière séance du séminaire EDISHOC qui réunit les laboratoires ILLE et CRESAT. Avec pour thématique l’hétérogénéité des sources littéraires et historiques, comme aux précédentes séances. Le séminaire s’est organisé en deux temps : l’un sur les fonds de la Bnu, l’autre sur des travaux en cours menés par les chercheurs et chercheuses des deux laboratoires mulhousiens.

Lors de la première partie, une brève histoire de la Bnu de Strasbourg a été présentée par Daniel Bornemann afin d’éclairer l’élaboration des archives de la bibliothèque, la richesse et la complexité des collections. À la suite de sa destruction en 1870, la Bnu a en effet reçu de nombreux dons provenant du monde entier. Les inventaires des fonds, aux provenances et langues multiples, répertorient les différents dépôts, dons et achats dont a bénéficié la bibliothèque. Anne Bandry-Scubbi, chercheuse émérite à l’Unistra, spécialiste du monde anglo-saxon, et Kevin Jung, chargé de collection en langues et littératures anglophones, ont indiqué comment ces inventaires et les catalogues de références constituaient un outil de travail précieux pour reconstituer la constitution des fonds anglophones de la Bnu, au-delà des informations déjà disponibles sur Numistral.

L’étude des fonds anglophones repose sur un travail de croisement de sources variées : consultation d’ouvrages imprimés et numérisés, exploitation des inventaires, analyse de catalogues historiques et recours à des bases biographiques. Cette pluralité documentaire permet de retracer la circulation des œuvres, de reconstituer les réseaux de donateurs ainsi que de rendre compte de la dispersion et de la transformation des fonds de la Bnu au fil du temps.

Cette première partie a révélé l’importance de la collaboration entre chercheurs et bibliothécaires dans l’avancement de la recherche.

Cette première partie a révélé l’importance de la collaboration entre chercheurs et bibliothécaires dans l’avancement de la recherche. L’expertise des bibliothécaires est essentielle pour l’exploitation des collections. En retour, les travaux des chercheurs permettent aux bibliothécaires d’enrichir la documentation et les instruments de recherche déjà existants, selon un processus d’enrichissement mutuel, ainsi que Perrine Hamman l’a illustré. Le portail Spolivre, récemment mis en ligne par le ministère de la Culture, participe à cette logique documentaire. Il permet de recenser des ouvrages spoliés afin de faciliter l’identification de leur provenance.

La seconde partie a été consacrée à la présentation de quatre travaux de recherche mobilisant des sources hétérogènes. Les travaux d’Aude-Marie Certin sur les livres de famille manuscrits, de langue allemande, produits de la fin du Moyen Âge au XVIe siècle, ont dévoilé le caractère composite de ces sources, mêlant un contenu varié et une pluralité d’auteurs au fil des générations. Il est donc primordial d’appréhender ces œuvres comme des objets évolutifs. L’étude des correspondances de deux femmes des Lumières menée par Magali Thomas ont mis en valeur l’intérêt d’un corpus épistolaire massif dispersé entre éditions imprimées, bases de données numériques et archives. Cette hétérogénéité des sources nécessite un travail important de structuration et de croisement des données. Les recherches de Baptiste Jordan sur l’histoire de l’Alsace pendant la guerre de Trente ans et les négociations en Westphalie ont également illustré cette problématique par la mobilisation de sources variées alliant les correspondances diplomatiques et les inventaires archivistiques et travaux historiographiques. Enfin, les travaux de Maxime Leroy sur l’accès aux sources numériques d’illustrations ont exposé le fait que la numérisation ne neutralise pas l’hétérogénéité documentaire mais la reconfigure. Les choix de traitement de l’image, de description et des plateformes de consultation en ligne influencent les conditions d’accès et l’interprétation des œuvres par les chercheurs.

Ces différentes interventions ont montré le rôle fondamental des bibliothécaires dans le travail sur les sources hétérogènes.

Ces différentes interventions ont montré le rôle fondamental des bibliothécaires dans le travail sur les sources hétérogènes. La médiation documentaire apparaît comme nécessaire aux travaux de recherche, ce qui implique de considérer les bibliothèques non plus comme de simples lieux de conservation, mais comme des instances centrales dans la constitution, la structuration et la compréhension de corpus complexes. Les bibliothèques sont amenées à développer des méthodes plus fines dans le repérage des ouvrages, l’enrichissement des métadonnées et le croisement de données. Ces choix de classification et de numérisation influencent la manière dont les chercheurs accèdent aux sources et dirigent leurs recherches, ce qui vaut aux bibliothécaires le rôle de coproducteurs du savoir scientifique.

La BNU Strasbourg est partenaire d’EDISHOC (Édition de Sources Hétérogènes et d’Œuvres Composites XVIe–XVIIe siècles) projet de recherche 2025-2026 piloté par deux membres du laboratoire ILLE (Institut de recherche en langues et littératures européennes) de l’Université de Haute-Alsace – UHA : Véronique Lochert et Anne Réach-Ngô.

Catherine Désos-Warnier
Catherine Désos-Warnier
Catherine Désos-Warnier est docteur en histoire moderne et conservateur en chef des bibliothèques. De mai 2018 à décembre 2023, elle… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Catherine Désos-Warnier (17 avril 2026). “De la pièce indépendante à l’objet composite : les apports de l’édition numérique”. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 16 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1636r


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