Parution de la Revue de la Bnu n°32
Ces obscurs objets du savoir : le patrimoine de l’enseignement et de la recherche
La récente réouverture, à Strasbourg, du Musée zoologique complètement rénové vient de mettre en lumière un aspect parfois mal connu des collections universitaires : l’importance, en termes numériques, du patrimoine pédagogique. Car au-delà de l’aspect immédiatement saisissant (et parfois séduisant) de certains animaux naturalisés, c’est bien une démarche scientifique, établie à des fins d’enseignement et de recherche, qui se met en scène, au moins autant qu’une pure démarche muséale. Et les nombreux dispositifs interactifs mis en place dans ce musée rénové, en particulier à destination du public scolaire, le prouvent amplement.
Ce n’est là qu’un exemple, très parlant certes, car la zoologie reste un domaine facile à montrer et hautement attractif en termes de public. Mais qu’en est-il de sciences a priori plus austères et moins visuelles dans leurs parcours éducatifs ? On a tendance à l’oublier parce que l’enseignement n’est souvent qu’une étape dans nos vies, et que la recherche demeure une affaire de spécialistes, mais l’un comme l’autre ne se font que grâce à des objets, et ces objets accumulés finissent par constituer un patrimoine. Et comme pour tout patrimoine, se pose à un moment la question fatidique : qu’en fait-on ? Que doit-on en faire ?
En quelques mots :
Les « obscurs objets du savoir » présentés dans ce numéro vont évoquer chez plus d’un des souvenirs, souvenirs d’école, d’université, d’apprentissages. Ils font partie d’une culture d’autant plus enracinée qu’elle est vécue de façon quasi inconsciente, comme une chose qui va de soi ; mais regarde-t-on avec plus d’attention les anciens objets qui ont accompagné notre marche vers plus de savoir, diapositives et projecteurs, moulages, bureaux, instruments électriques, minitel, classeurs ou blocs-notes, ils évoquent immédiatement des mondes qui ont été familiers, nous ont créés tels que nous sommes et nous ont permis de passer à autre chose – en un mot, ce qui constitue la vocation finale de l’éducation.
Pommes à cidre peintes pour en étudier la croissance ou les maladies, instruments qui ont permis les progrès de la physique ou des recherches sur l’électricité, voire météorite qui s’écrasa un jour dans la campagne alsacienne et que l’on conserva pieusement comme précoce témoignage extraterrestre : c’est ce patrimoine qu’il convient, sans doute pas de préserver à tout prix, mais au moins d’interroger, un peu à la façon des fouilles archéologiques préventives qui fournissent la photographie d’un lieu avant que des travaux ne le transforment à jamais. Car à l’image de ces mêmes fouilles qui peuvent mettre à jour de véritables trésors, les objets du savoir gagnent parfois à être remis en pleine lumière car porteurs de valeurs artistiques ou culturelles qu’il importe pour le coup de conserver – sans oublier leur rôle de témoins de la science en train de se faire, si utiles à l’heure des « fake news » et des campagnes de désinformation.
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Sommaire
DOSSIER : CES OBSCURS OBJETS DU SAVOIR
- L’antiquarium de la collection Michaelis à Strasbourg : un témoignage patrimonial exceptionnel de l’évolution de l’enseignement de l’archéologie de la fin du 19e siècle à nos jours → par Marion Bouteloup et Daniela Lefèvre-Novaro
- Le musée comme « école pratique » : retour sur une expérience associant enseignement et muséalisation de collections patrimoniales → par Emmanuel Marine
- La Mission nationale PATSTEC : de la sauvegarde à la patrimonialisation des collections scientifiques contemporaines → par Marie-Laure Baudement et Anne-Sophie Rozay
- Des instruments pour contribuer à l’histoire de la recherche et de l’enseignement supérieur en Belgique ? La collection d’objets scientifiques de l’Université de Mons → par Kevin Troch
- Les musées et collections universitaires : de nouveaux matériaux pour la recherche en histoire sociale et culturelle des savoirs → par Sébastien Soubiran
- Dessiner et peindre les pommes, au service de la recherche → par Yves Cadot, Olivier Dupré, Laurence Feugey, Yves Lespinasse et Mohamad Taha
- Obsolescence des objets et des récits ? Diapothèques et enseignement de l’histoire de l’art, Canada, 1960-1990 → par Audrey Leblanc et Gaëlle Morel
- Rapprocher les citoyens de la science. Entretien avec Rémi Gaillard, responsable du pôle Collections scientifiques et patrimoine, Bibliothèque de Sorbonne Université → propos recueillis par Christophe Didier
L’OBJET : L’objet en quête de sens : la météorite de 1492 → par Édouard Mehl
L’INÉDIT : Littérature : un acte de naissance, de révolte et d’espérance → par Jean d’Amérique
PORTFOLIO : Dessiner pour la science → par Nadia Charles
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Valentin Koch (17 novembre 2025). Parution de la Revue de la Bnu n°32. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/155nh





