La Bnu prête ses collections pour l’exposition Liberté et fraternité 1525 aux Archives d’Alsace
Du 15 mai au 15 décembre 2025, les Archives d’Alsace présentent sur leur site strasbourgeois l’exposition Liberté et fraternité. 1525, la Guerre des paysans en Alsace. À travers une sélection de manuscrits originaux, enrichis de reproductions de gravures, d’imprimés satiriques et de pages de titres, l’exposition propose de redécouvrir un moment crucial de l’histoire alsacienne : la Guerre des Paysans de 1525. Ce soulèvement, porté par les aspirations à la liberté, à la fraternité et à un nouvel ordre social, marque profondément la région. Il s’inscrit dans le contexte d’ébullition intellectuelle, spirituelle, sociale et technique du début du XVIe siècle, entre Renaissance et Réforme.
L’exposition explore la dimension politique et sociale de cette insurrection à travers trois grandes parties :
- Le contexte : cadre politique, économique et social du Saint Empire romain germanique, tensions liées à l’organisation seigneuriale, pressions fiscales et sentiment croissant d’injustice.
- Les acteurs et les événements : organisation des bandes paysannes, rédaction des « Douze Articles », déroulement de la révolte et de sa répression, figures marquantes et stratégies des insurgés.
- Les récits : mémoire, oubli et transmission, à travers les archives conservées et détruites, les récits des vainqueurs et les rares traces de la parole paysanne.
Des prêts issus des collections de la Bnu :
Bibliothèque de référence dans le domaine des alsatiques, la Bnu conserve de riches collections sur le seizième siècle alsacien et, en particuliers, en lien avec la révolte de 1525. En effet, ces événements s’inscrivent dans la contexte de la Réforme, période d’apparition d’idées nouvelles dont la diffusion est facilitée par le développement de l’imprimerie dont Strasbourg est l’un des berceaux en Europe.

Le règlement fédéral dit de Memmingen a été élaboré lors l’assemblée qui eut lie dans cette localité par les trois communautés de paysans de Haute-Souabe. En mars 1525, les représentants des communautés paysannes de Baltringen et d’Allgäu ainsi que du lac de Constance se sont réunis à Memmingen pour former une « association chrétienne ». Avec ce règlement fédéral, ils voulaient se donner un cadre institutionnel. L’historien de la guerre des paysans Peter Blickle le qualifie de « vague tentative d’ébauche de constitution ». Un projet de Sebastian Lotzer, fourreur et théologien laïc de Memmingen (vers 1490 – après 1525), a probablement servi de base. Outre les « 12 articles », le règlement fédéral est le seul autre programme paysan de 1525 à être parvenu jusqu’à nous sous forme imprimée. Comme dans les « 12 articles », les paysans et les artisans qui leur sont liés se réfèrent également dans le règlement fédéral à l’Évangile et au droit divin qui doit être imposé aux seigneurs. L’« Association chrétienne » s’est fixé pour objectif de dissoudre les petites structures seigneuriales de la région souabe et de créer une confédération plus grande, conçue comme une coopérative. En même temps, elle espérait que la noblesse et les prélats céderaient volontairement. Les paysans avaient certes exprimé des idées révolutionnaires, mais elles n’ont finalement pas réussi à s’imposer [sources : Deutsche Digitale Bibliothek ].
Publié par Thomas Murner (1475-1537) en 1512 cet “exorcisme des fous” s’inscrit dans la ligne des écrits satiriques inaugurés par Sebastian Brant ou par Geiler de Kaysersberg. Le texte de l’ouvrage livre une interrogation quant à l’organisation sociale de son époque dont la remise en cause est l’un des catalyseurs de la révolte de 1525. L’exemplaire de la Bnu présente des gravures sur bois rehaussées de couleurs [l’exemplaire (non colorié) de la Staatsbibliothek de Munich est en ligne].

C’est l’un des textes majeurs publiés par Martin Luther [la Staatsbibliothek de Munich propose son exemplaire en ligne]. Ce traité développe le concept selon lequel, en tant qu’enfants de Dieu pleinement pardonnés, les chrétiens ne sont plus obligés d’observer la loi de Dieu pour obtenir le salut ; en revanche, ils servent Dieu et leurs prochains librement et volontairement. Luther développe également le concept de la justification par la foi. Dans ce traité, Luther déclare : “L’homme chrétien est le seigneur le plus libre de tous, il n’est soumis à personne. L’homme chrétien est le serviteur le plus dévoué de tous, soumis à tous”. La Bnu a prêté la seconde édition de ce traité, la première étant datée de 1520 à Wittermberg. La Bibliothèque humaniste de Sélestat conserve un exemplaire de cette dernière annotée de la main de Luther avant la parution de cette édition bâloise. Les insurgés de 1525 se revendiquent de la pensée de Martin Luther, ce dernier gêné par leurs excès se détourne d’eux par la suite et appelle à la répression à leur encontre.

[S.l.] : [S.n.], XIXe siècle, cote MS.0.853, coll.Bnu.
Il s’agit d’une copie manuscrite du XIXe siècle de sources datées de 1525 qui relatent les événements.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jérôme Schweitzer (16 mai 2025). La Bnu prête ses collections pour l’exposition Liberté et fraternité 1525 aux Archives d’Alsace. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13xud







