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Pistes bibliographiques – Droit international et capitalisme

Aux sources du droit international : l’Œuvre de Hugo Grotius

À l’heure où le droit international semble être remis en question face au retour de la force brutale et de l’impérialisme, il est bon de se rappeler de Hugo Grotius (1583-1645) dont le profil figure sur la façade de la Bnu.

Cet humaniste et juriste néerlandais est considéré comme l’un des fondateurs du droit international destiné à encadrer les relations entre Etats en leur évitant de recourir à la guerre afin de régler leurs différents. Il est notamment l’un des pionniers du droit maritime en exprimant la volonté de reconnaître les océans comme un territoire international librement utilisable par les nations du monde entier. L’un de ses ouvrages majeurs est le De Jure Belli ac Pacis (Le Droit de la guerre et de la paix) dont la première édition paraît en 1625 dans un contexte marqué par la guerre entre les Néerlandais et les Espagnols pour l’indépendance des Provinces Unies (actuels Pays-Bas) et la Guerre de Trente ans.

De Jure belli ac pacis libri tres . In quibus jus naturae & gentium : item juris publici praecipua explicantur, Hugo Grotius (1583-1645), Paris :  N. Buon, 1625, coll. BnF / Gallica.

Le profil de Hugo Grotius est présent sur la façade de la Bnu où il représente les collections de droit conservé par l’établissement depuis ses origines. Les architectes Hartel et Neckelmann conformément aux volontés politiques de l’Empire allemand ont retenu le profil du juriste pour souligner à la fois l’excellence des collections de droit de la bibliothèque alors impériale, universitaire et régionale, mais aussi pour renforcer la légitimité de l’annexion de l’Alsace-Moselle à l’empire allemand. Un rattachement appuyé sur le droit international et validé par le Traité de Francfort de 1871.

Voir au sujet du message politique porté par la façade de la Bnu, l’article de Christophe Didier paru dans la Revue de la Bnu n°1 en 2010.

Profil de Grotius sur la façade de la Bnu, 1895, (c) JPR-Bnu.

Orientations bibliographiques sur le site universitaire d’Alsace :

Capitalisme et relations entre nations

Autre sujet d’actualité lié au précédent, les discours martiaux et grandiloquents qui émaillent l’actualité, nous invitent à prendre du recul et à réfléchir aux conséquences que la structuration actuelle du monde économique a pour les relations entre les nations.

Le monde confisqué, essai sur le capitalisme de la finitude

Arnaud Orain, économiste et histoirien, directeur d’études à l’EHESS s’interroge notamment dans l’essai Le monde confisqué, essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle).

[résumé de l’éditeur] L’utopie néolibérale d’une croissance globale et continue des richesses est désormais derrière nous. Mais le capitalisme n’est pas mort pour autant. Sa forme actuelle n’est ni réellement nouvelle ni totalement inconnue, car elle est propre à tous les âges où domine le sentiment angoissant d’un monde « fini », borné et limité, qu’il faut s’accaparer dans la précipitation. Ce capitalisme se caractérise par la privatisation et la militarisation des mers, un « commerce » monopolistique et rentier qui s’exerce au sein d’empires territoriaux, l’appropriation des espaces physiques et cybers par de gigantesques compagnies privées aux prérogatives souveraines, qui dictent leurs rythmes.

Dans cet essai, Arnaud Orain dévoile ce « capitalisme de la finitude » et en éclaire les mécanismes aux trois périodes où il s’épanouit : XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle, 1880-1945, 2010 à nos jours. L’auteur offre une toute nouvelle perspective sur l’histoire mondiale et éclaire les grands enjeux de notre temps.

Capitalisme de l’Apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie.

Quinn Slobodian, spécialiste de l’histoire du néo-libéralisme et professeur d’histoire économique et politique globale à l’Université de Boston, se pose la question dans le Capitalisme de l’Apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie. de la vision du monde portée par les libertarians qui ont trouvé en Elon Musk ou en Javier Milei des hommes prêts à appliquer ces théories.

[résumé de l’éditeur] Si l’on jette un rapide coup d’œil à un planisphère, nous ne verrons qu’un patchwork d’États-nations, net et bien connu. Et si notre réalité était toute autre ? La mondialisation a bouleversé l’ordre du monde, entraînant un foisonnement de nouvelles entités : paradis fiscaux, ports francs, cités-États, enclaves fermées et zones économiques spéciales. Ces nouveaux espaces, libérés des formes ordinaires de réglementation, de taxation et d’obligations mutuelles, perforent la carte des pays. Là, les fanatiques de l’ultra-capitalisme échappent au pouvoir des gouvernements et au contrôle démocratique.

C’est ce monde, composé de trous, d’aspérités et de zones grises que Quinn Slobodian décrit, se lançant sur les traces des libertariens radicaux les plus notoires – de Milton Friedman à Peter Thiel et Elon Musk. Cette enquête magistrale nous mène du Hong Kong des années 1970 à l’Afrique du Sud à la fin de l’apartheid, du Sud des États-Unis à la ville de Londres, de Dubaï à la Somalie en guerre, et jusque dans le métavers, révélant de manière vertigineuse les progrès terrifiants du capitalisme sans la démocratie.

Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme

Enfin la pensée de Donald Trump semble, sans doute à son corps défendant, irriguée par celle de Bernard de Mandeville (1670-1733) qui, au 18e siècle, à théoriser l’idée que la cupidité, la brutalité et les pulsions ne devaient pas être rejetées mais, qu’au contraire, elles devaient être mises en avant et devenaient ainsi le véritable moteur du proto-capitalisme naissant.

Le philosophe Dany-Robert Dufour a analysé cette théorie développée par Bernard de Mandeville dans un essai, Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme.

[résumé de l’éditeur] Cet essai résulte d’une sidération. Celle qui a saisi Dany-Robert Dufour lorsqu’il est tombé sur un écrit aujourd’hui oublié, Recherches sur l’origine de la vertu morale de Bernard de Mandeville. C’est en 1714, à l’aube de la première révolution industrielle, que Mandeville, philosophe et médecin, a publié ce libelle sulfureux, en complément de sa fameuse Fable des abeilles. Cet écrit est le logiciel caché du capitalisme car ses idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d’Adam Smith à Friedrich Hayek.

Fini l’amour du prochain ! Il faut confier le destin du monde aux “pires d’entre les hommes” (les pervers), ceux qui « veulent toujours plus », quels que soient les moyens à employer. Eux seuls sauront faire en sorte que la richesse s’accroisse et « ruisselle » ensuite sur le reste des hommes. Et c’est là le véritable plan de Dieu dont il résultera un quasi-paradis sur terre. Pour ce faire, Mandeville a élaboré un art de gouverner – flatter les uns, stigmatiser les autres – qui se révélera bien plus retors et plus efficace que celui de Machiavel, parce que fondé sur l’instauration d’un nouveau régime, la libération des pulsions. On comprend pourquoi Mandeville fut de son vivant surnommé «Man Devil» (l’homme du Diable) et pourquoi son paradis ressemble à l’enfer.

Trois siècles plus tard, il s’avère qu’aucune autre idée n’a autant transformé le monde. Nous sommes globalement plus riches. À ceci près que le ruissellement aurait tendance à couler à l’envers : les 1 % d’individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. Mais on commence à comprendre le coût de ce pacte faustien : la destruction du monde. Peut-on encore obvier à ce devenir?

La Fable des abeilles, ou, Les fripons devenus honnêtes gens de Bernard de Mandeville, publié à Londres [Paris], 1740, coll. Zentralbibliothek Zürich sur E-rara.

La Bnu conserve un exemplaire de la même édition de 1740.

Jérôme Schweitzer
Jérôme Schweitzer
Directeur du pôle Partage, diffusion et réseaux

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jérôme Schweitzer (10 mars 2025). Pistes bibliographiques – Droit international et capitalisme. Lieu de recherche : le carnet de la Bnu. Consulté le 16 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13fuf


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